Chez la Dame aux Camélias
Ferdinand BAC. Correspondance adressée à Émilienne Dejeux. 1947-1952. Environ 55 lettres, environ 95 pp. in-4 et in-8, certaines enrichies de dessins au crayon de couleur. En 1946, à l’occasion du centenaire de la mort d’Alphonsine Duplessis, Ferdinand Bac fait la connaissance d’Émilienne Dejeux qui tenait un atelier de couture dans l’appartement de la Dame aux Camélias 15 bd de la Madeleine, et y exposait quelques souvenirs. Elle décida de transformer cette petite exposition en un véritable musée et Bac, qui ne l’appelle plus qu’Émily, lui promit une soixantaine de dessins. En mauvais termes avec son propriétaire, elle déménage alors 15 rue de Navarin, transforme l’appartement pour ouvrir son musée romantique. Les dessins de Bac accrochés, elle lance des invitations, organise des cocktails, s’endette et Bac lui envoie de nouveaux dessins afin qu’elle les vende à son profit. En juin 1948, Bac, qui habitait à Compiègne chez ses amis Ladan-Bockairy, se rend à Paris pour visiter ce musée et une réception est organisée en son honneur. Il en sortira plein d’espoir quant à l’avenir de ce petit musée. Las ! Passée une courte période, le musée est vite abandonné de ses visiteurs, et Émilienne Lejeux se fera, si l’on en croit le biographe de Bac, tireuse de cartes. Ell arrondira ses revenus en vendant un à un les dessins de Bac. - 29 juin 1947 : « Emily, Toi, surtout toi, es « miraculeuse ». Tu donnes raison à ma maxime sur l’énorme supériorité de la femme – de certaines femmes – par rapport à la sensibilité et à la compréhension. – 19 août 1947 : « Nous avons fait du beau travail. Tout est classé, mesuré, choisi les cadres, les papiers pour chaque portrait. C’est d’une variété inouïe… J’ai ôté Henriette Sonntag (ça sent la Boche) et je l’ai remplacée par une splendide « reine d’Étrurie aux Tuileries » avec poignard et air fatal (la divine, pas longtemps, comtesse de Castiglione, dernière romantique). » – 24 septembre 1947 : « J’ai réintégré ma chambre pour y travailler. Le salon est une glacière. Je vis donc de nouveau dans 2 mètres cinquante sur 4 mètres de large avec une accumulation de piles de papiers qui m’effarent. Je travaille en dilettante, quitte une chose pour une autre. Mon œuvre est terminée. » – 2 octobre 1947 : « On s’excite beaucoup dans les hautes sphères sur votre musée. » – 7 octobre 1947 : « Après l’homme le plus intelligent de France j’ai eu hier le Président de l’Alliance française des Alpes Maritimes. Couple très enthousiaste. Il s’apprête à faire dans le jardin des Colombières, une conférence devant le cénacle méditerranéen ». –,19 novembre 1947 : « Emily, le centenaire a les yeux très fatigués.. Je rédige assez péniblement un long mémoire pour la postérité concernant V. Hugo et ses poses romantiques sur le rocher… Je suis donc une bombe à retardement. » – 20 novembre 1947 (mariage d’Elisabeth d’Angleterre). « Sa mère (de ma Mountbatten royale) était si jolie il y a 25 ans que j’ai rêvé une nuit de ses complaisances. Mais ne le racontez pas. Cela me prêterait un mauvais renom. Nous ne sommes plus sous le règne de George III ou IV où l’on voyait défiler devant la Haute Justice tous les amants de la reine Charlotte (motus là-dessus). » – 9 décembre 1947 : « Reçoit avec votre lettre la demande d’une Présidente (pas d’ici) de m’exhiber dans un château royal pour représenter en chair et en os le dernier qui ait connu Mérimée et un des ultimes visiteurs de Eugenia Guzman. » – 31 décembre 1947 « Recommandations » : « Avant tout je voudrais qu’on sache qu’un homme dans sa 89eme année ne désire pas de publicité. Je préfère que l’on me traite comme un homme disparu depuis longtemps. » – 17 janvier 1948 : « Surtout que les dessins aux donateurs ne soient jamais autre chose qu’un témoignage de gratitude et non une invite, c’est-à-dire une espèce de tapage (tapage sans bruit)… Il faut éviter de faire du musée autre chose qu’une entreprise privée et entièrement gratuite car le monstre le plus froid des monstres froids, pourrait un jour vous tomber sur la nuque pour vous imposer comme il l’entendrait… Donc pas d’enseigne extérieure. » – 3 mai 1948 : Avant le jour prochain où vous présentez à des amis et à des indifférents la singulière société qui vous entoure aujourd’hui dans vos murs, je voudrais vous exprimer ma gratitude pour tant d’enthousiasme… tant d’efforts ensuite, afin d’honorer ma pensée matérialisée et la transmettre à un avenir honorable. » – 16 mai 1948 : « Emily, j’ai 137 ans. Vous pouvez vérifier dans un livre d’histoire d’un professeur de la Faculté. J’ai trempé dans le coup d’état manqué de Strasbourg en 1837. Comptez ! » – 31 mai 1948 : « Le petit musée privé « romantique » dont j’ai offert les portraits est destiné à un don à la Ville de Paris… l’organisatrice… a hospitalisé provisoirement la collection dans son logement en attendant son transfert à la Mairie du 9e arrondissement ou à un musée de la ville. » – 17 août 1948 : « J’ai ainsi reçu avec des Américains, des canadiens, des persans de Téhéran… des apprentis sorciers, des dames genre « Saintes femmes »… des procureurs, des comtes, Barons et ouvriers d’usine (ces derniers fervents) des ennemis féroces qui deviennent des amis chers. » – 19 août 1948 : « Je reçois un curieux livret de Gabriel Louis Pringué que j’ai connu autrefois chez les Rohan, sur la société de Paris et assez exactement la mienne : c’est comme une revue passée devant quelques centaines de personnes que j’ai fréquentées pendant un demi-siècle. Dans un chapitre consacré à la duchesse de Rohan et un autre à Madame Buat, il parle de moi avec une trop grande abondance de compliments et un peu d’indiscrétion. » – 13 novembre 1948 : « Je suis ‘chiffe-loque-graille’ car je termine mes 6 émissions de Radio. Si je n’avais pas un larynx fêlé en hiver dans cette forêt de brouillards je serais plus heureux de conter mes souvenirs d’enfance et de jeunesse, mais j’ai peur de ces 2 – 4 – 20 millions d’auditeurs invisibles qui diront : ‘Ah ce vieux chevrotant ! Qu’est-ce qu’il nous raconte ? » – 14 février 1949 : « Madame Stanislas de Castellane est mon hôtesse de Rochecotte où j’ai passé des jours inoubliables dans le lit… de Madame de Dino (qui était aussi celui de Talleyrand puisque la bibliothèque de chevet à portée de sa main, était la sienne, annotée par lui à bien des passages… » – 15 avril 1952 : « Une petite fille sort d’ici. Elle dit à sa mère : ‘ce vieux monsieur ne parle pas comme tout le monde et il a connu tout le monde’ ! (je n’ai pas connu le père Riquet qui a remplacé Jésus Christ à Notre Dame) » – 21 juillet 1952 : « Emily de Navarin. L’homme de 1859 est assez las, las de vivre » Joint : - Ferdinand BAC. Émilienne Dejeux. Portrait. 265 x 205 mm. Daté 21 juin 1947 et signé. Encre et crayon de couleurs sur papier à en-tête du 61 avenue de Joinville Nogent sur Marne (Seine). Légendé à l’encre noire : « Madame Émilienne Dejeux, organisatrice (dite « Emily ») fait au Tout Paris « les honneurs de l’Exposition du Centenaire de « La Dame aux Camélias » et des souvenirs d’Alexandre Dumas Fils à « St Hubert ». – « La mouche est l’utilisation d’une tache d’encre en vue d’une image tirée de la Science insecticide ». - Ferdinand BAC. Alexandre DUMAS Fils. Portrait. 210 x 135 mm. Signé et daté, 1947. Encre et crayon de couleurs. Légendé : Alexandre Dumas Fils en 1882. En souvenir de l’exposition chez la Dame aux Camélias 21 juin 1947 ». Encadré avec le premier plat de couverture de la plaquette publicitaire « Chez la Dame aux Camélias ». St Hubert modes. - Carton d’invitation vierge pour le musée. – Manuscrit de 6 pp. : liste des œuvres de Ferdinand Bac exposées. - 4 photographies annotées prises lors de la réception au musée en l’honneur de Ferdinand Bac. - Plaquette publicitaire « Chez la Dame aux Camélias ». In-12, brochée. [10 ff.]. Chaque page est enrichie d’un dessin aux crayons de couleur par Ferdinand Bac.