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Online Juillet / Lot 62
Lot 62

Achille Wildi (Pesaro 1902-1975 Pesaro)

Adjugé
350 €
Estimation : 400 – 600 €
Descriptif

Léda Huile sur toile 60 × 120 cm Signé en bas à droite (Accident, restauration, déchirure) Achille Widli, l’inclassable Né à Pesaro le 20 février 1902 et mort dans cette même ville en mars 1975, Achille Wildi occupe une place singulière dans l'histoire de l'art italien du XXe siècle. Longtemps demeuré dans l'ombre des grands noms de la céramique italienne moderne, il apparaît aujourd'hui comme l'une des personnalités les plus originales issues de la prestigieuse école de Pesaro. À la fois peintre, céramiste, dessinateur, illustrateur et voyageur, Wildi développa durant plus d'un demi-siècle une œuvre protéiforme, profondément enracinée dans la tradition artisanale italienne tout en demeurant ouverte aux influences artistiques européennes et américaines. Sa carrière se distingue par une mobilité exceptionnelle : Pesaro, Faenza, Venise, Bassano del Grappa, Paris, Milan, Saint-Marin, Haïti, New York constituent autant d'étapes qui nourrirent une œuvre d'une remarquable diversité. Cette trajectoire cosmopolite, relativement atypique pour un artiste issu du monde de la céramique italienne, explique la richesse de son langage plastique ainsi que les difficultés rencontrées par l'historiographie pour en proposer une lecture unifiée. Wildi naît dans une ville qui, depuis la Renaissance, constitue l'un des centres historiques de la majolique italienne. Très jeune, il entre à la manufacture Molaroni, l'une des plus prestigieuses fabriques de céramique de Pesaro. Il y acquiert les bases techniques du modelage, de l'émaillage et de la décoration. Il rejoint rapidement la Manufacture Artistique Pesarese dirigée par le grand maître Ferruccio Mengaroni, figure majeure du renouveau de la céramique italienne du début du XXe siècle. Wildi considérera toujours Mengaroni comme son véritable maître. Cette formation est déterminante : elle lui transmet non seulement une maîtrise exceptionnelle des techniques traditionnelles, mais aussi une conception de la céramique comme art majeur, capable d'égaler la peinture dans sa puissance expressive. Dès le début des années 1920, Wildi est reconnu comme un technicien particulièrement habile. Il maîtrise les techniques de reproduction des majoliques de la Renaissance avec une virtuosité rarement égalée, tout en développant progressivement un vocabulaire décoratif personnel. En 1920, il s'installe à Faenza, autre capitale historique de la céramique italienne. Il travaille successivement pour les manufactures Minardi puis Faventia Ars, deux établissements particulièrement innovants qui cherchent à renouveler les arts décoratifs italiens. En 1922, avec les frères Enzo et Giuseppe Fiumi et le soutien financier de Napoleone Grandi, il fonde la manufacture Nuova Ca' Pirota. Cette expérience entrepreneuriale témoigne déjà d'une ambition dépassant le simple statut d'artisan : Wildi souhaite élaborer un langage artistique autonome conciliant excellence technique et recherche esthétique. L'entreprise ne survivra cependant que quelques années, révélant les difficultés économiques auxquelles se heurtent les manufactures indépendantes de l'après-guerre. Après plusieurs expériences manquées à Venise puis à Bassano del Grappa, et Pesaro, Wildi quitte l'Italie en 1929 pour Paris. Ce séjour, qui dure près d'une décennie, constitue probablement le tournant majeur de sa carrière. La capitale française représente alors le principal foyer artistique mondial. Même si les sources documentaires demeurent lacunaires concernant ses fréquentations exactes, il est évident que Wildi découvre les grands courants figuratifs modernes, l'École de Paris ainsi que les développements du post-impressionnisme, du réalisme poétique et de certaines recherches expressionnistes. Durant cette période, la peinture prend progressivement le pas sur la céramique. Son dessin gagne en liberté, sa palette s'enrichit et son intérêt pour les paysages urbains, les scènes populaires et les portraits s'affirme. Cette évolution marque une rupture importante : Wildi cesse d'être uniquement un maître céramiste pour devenir un véritable peintre. En 1940, il séjourne à Milan avant de revenir définitivement à Pesaro l'année suivante. Il reprend alors sa collaboration avec Molaroni tout en ouvrant un atelier de peinture. Entre 1951 et 1954, puis surtout en 1955, Wildi entreprend plusieurs voyages à Haïti et aux États-Unis dans le cadre des activités commerciales de la manufacture Marmaca. Ces déplacements donnent naissance à l'une des parties les plus remarquables de son œuvre : une série de cent soixante-cinq grandes planches illustrant le voyage américain. Longtemps demeuré inédit, cet ensemble constitue aujourd'hui l'un des sommets de sa production graphique. Ces dessins associent l'observation ethnographique, le reportage, la satire sociale et une narration continue qui conduit plusieurs historiens de l'art à les considérer comme une forme précoce de roman graphique. Leur qualité a été saluée par diverses personnalités du monde artistique italien, parmi lesquelles Pupi Avati, Antonio Faeti, Giuliano Vangi et Fausta Orecchio. En 1955, Wildi s'établit de nouveau à Saint-Marin où il demeure environ dix années. En 1966, il effectue un séjour à New York. L'expérience américaine confirme son intérêt pour une peinture plus libre, où la couleur gagne progressivement en autonomie tandis que la construction demeure fondée sur un dessin solide. Revenu définitivement à Pesaro, il se consacre presque exclusivement à la peinture. Ses vues urbaines de Pesaro, ses paysages des Marches et ses nombreux dessins deviennent progressivement les aspects les plus connus de sa production. L'œuvre de Wildi échappe aux classifications simples. Son regard se porte essentiellement sur les paysages, les architectures urbaines, les scènes populaires, les figures humaines et les récits de voyage. Son œuvre graphique révèle une extraordinaire capacité narrative où l'observation documentaire s'allie à une sensibilité profondément humaniste. Les témoignages de ses contemporains décrivent un homme indépendant, solitaire, parfois mélancolique, entièrement consacré à son travail. Son existence est marquée par une succession d'initiatives personnelles souvent contrariées par les difficultés économiques, mais également par une curiosité intellectuelle constante et un goût prononcé pour les voyages. Cette indépendance explique probablement qu'il soit resté relativement en marge des grands mouvements artistiques organisés du XXe siècle italien. Les dernières années de Wildi sont assombries par une grave maladie oculaire qui menace progressivement sa vue. Pour un artiste dont toute l'existence repose sur la pratique du dessin et de la peinture, cette perspective représente une épreuve insurmontable. En mars 1975, alors que sa cécité paraît inévitable, il met fin à ses jours dans sa maison-atelier de Pesaro. Sa disparition demeure profondément liée, dans la mémoire locale, au drame d'un créateur privé de son principal instrument d'expression. Pendant plusieurs décennies, Achille Wildi reste essentiellement connu dans les Marches comme excellent céramiste et auteur des célèbres vues de Pesaro. Depuis les années 2010, plusieurs chercheurs, notamment Cristina Ortolani et Elio Giuliani, ont entrepris une importante relecture critique de son œuvre. La publication de la première monographie consacrée à l'artiste en 2015, puis les expositions organisées à l'occasion du cinquantième anniversaire de sa disparition, ont profondément renouvelé son image. L'attention s'est déplacée vers son exceptionnelle production graphique, désormais considérée comme l'une des contributions les plus originales de l'art italien figuratif de l'après-guerre. Aujourd'hui, Achille Wildi apparaît comme un artiste charnière, situé à la rencontre des traditions séculaires de la majolique italienne, de la peinture figurative européenne et d'une sensibilité narrative moderne. Son parcours illustre la continuité entre les arts décoratifs et les beaux-arts, tout en rappelant combien certains créateurs demeurent longtemps sous-estimés avant que l'histoire de l'art ne reconnaisse pleinement la richesse et l'originalité de leur héritage.