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COLLECTIONS IV / Lot 0
Lot 0

Bartolomé Esteban Murillo (Séville 1617 - 1682 Séville)

Adjugé
Non communiqué
Descriptif

Ecce Homo Huile sur toile 99 x 73 cm. Au dos, sur le châssis, annotation manuscrite au crayon noir : Murillo ; deux étiquettes imprimées, dont l'une relative à l'exposition de Leeds de 1868. *Lot en importation temporaire. Provenance : - probablement acquis en Espagne par John Blackwood (1696 - 1777), membre de la Chambre des Communes, marchand d'art, Londres, - acquis avant 1765, très probablement auprès du précédent, par Sir Lawrence Dundas, 1er Baronet de Kerse (1712 - 1781), membre de la Chambre des Communes, homme d'affaires, résidant à Londres (19, Arlington Street) et en son domaine de Aske Hall (canton de Richmond, Yorkshire du Nord), - collection de la famille Dundas, baronets de Kerse, puis barons Dundas, puis comtes de Zetland, puis marquis de Zetland et comtes de Ronaldshay, en leur domaine de Aske Hall, - volé dans la chapelle de Aske Hall, en 1992, - vente Phillips, Londres, 20 avril 1993, - collection privée, France, - vente Rossini, Paris, 23 novembre 2023, lot 13 (comme "école de Bartolomé Esteban Murillo"), - acquis à cette vente par Robin Dundas, comte de Ronaldshay (né en 1965), sur les conseils de Guillermo Pinilla, marchand d'art, - collection de la famille Dundas, en leur domaine de Aske Hall, Bibliographie : - North Yorkshire County Record Office, Zetland-Dundas Family Archives, Personal Papers of Sir Lawrence Dundas, Lists and accounts of pictures: inventory of pictures, presumably belonging to Sir Lawrence in Lady Dundas's hand (cote ZNK X 1-7-42, 14 février 1765), n°7 ("Ecce homo by ditto (Murillo) drawing room"). - W.R. Robinson, Robinson's Guide to Richmond, Richmond, l'auteur, 1833, p.49 ("Blue drawing room, an ecce homo believed to be by Murillo") - Leeds Exhibition", in: The Art Journal, 1868, p. 137-138 : ("It is interesting to mark a cor- respondence, almost amounting to identity, between the Ecce Homo' by Murillo, contributed by the Earl of Zetland, and the same subject by Titian, from the collection of the Duke d'Aumale. It is hard to believe that the painter of Seville was not indebted to his great forerunner in Italy") - E. E. Minor, Murillo, Londres, Sampson Low, Marston, Searle, & Rivington, 1882, p.80, 83 ("Ecce Homo (Earl of Zetland)") - C.B. Curtis, Velazquez and Murillo, Londres, S. Low, Marston, Searle, and Rivington, 1883, p. 200 ("210. Ecce Homo. Earl of Zetland, Yorkshire") - P. Lefort, Murillo et ses élèves, Paris, J. Rouam, 1892, p. 82 ("207. Ecce Homo - Comte de Zetland (Yorkshire).) - T. Wood, Catalogue of Pictures at Aske Hall, 1895, n° 87 - Diego Angulo Iñiguez, Murillo, Catalogo Critico de su obra, Madrid, Espasa-Calpe, 1981, vol II. n°1531 (comme "Oeuvres en débat" ) - Alberto J. Alvarez Calero, "Dos cuadros casi desconocidos de Murillo: los que se hallaban en el antiguo convento Casa Grande del Carmen de Sevilla", Laboratorio de Arte, t. 24, janvier 2012, p. 307. Exposition : - Londres, 1865, British Institution, n° 115 - Leeds, 1868, National Exhibition of Works of Art, n° 361 (exposé aux côtés de : Tiziano Veccellio dit Titien, Ecce Homo, huile sur toile, 72,3 x 58 cm., Musée Condé, Château de Chantilly, inv. PE 32) Patrie de Pacheco, Velazquez, Murillo -et tant d'autres!- : Séville connait, en cette première moitié du XVIIe siècle, une véritable apogée culturelle qui la voit devenir une co-capitale de l'art de la Contre-Réforme catholique. Les ordres religieux saisissent l'occasion de la présence dans leur ville de tant de peintres de talents pour instaurer un mécénat de grande ampleur. Dans sa période de maturité, les années 1660, Murillo compose avec succès un Ecce Homo, thème qui doit satisfaire le double but de souligner la majesté et l'obéissance de Jésus dans l'épreuve, autant que d'exciter l'empathie, la compassion du fidèle pour Celui qui a affronté la suprême douleur pour notre Salut. Murillo excellera tant dans cet exercice que son public lui demandera de nombreuses versions, avec variantes de pose et de formats (à ce jour, hors notre exemplaire, dix autres versions de ce sujet sont recensées). L'artiste proposait parfois d'appairer une version à mi-corps, comme la nôtre, avec une Mater Dolorosa (ill.1), exécutée sur une toile indépendante, et disposés en faux dyptique. L'identification du tout premier Ecce Homo est encore sujet à débat, mais il pourrait s'agir soit de celui qui était inséré dans la partie supérieure du retable du maître autel de la Casa Grande del Carmen de Séville (où il était encore visible en 1786, actuellement non localisé), soit de celui dans la Capella del Pilar de la cathédrale de Séville (où il était encore visible en 1786, actuellement à El Paso) (ill.2). Cet exemplaire fit l'objet d'une intense négociation d'acquisition par le baron Taylor, agent du roi Louis-Philippe, lequel souhaitait absolument un Murillo pour sa Galerie Espagnole. Notre version du Ecce Homo, où Jésus est représenté tourné de trois-quart, dans une poignante expression d'humilité et de gravité, est un exemplaire particulièrement beau et complet. Elle pourrait être le prototype, jusqu'alors considéré perdu, de l'exemplaire conservé à Huntington, au Heckscher Museum of Art (ill.3). Le professeur Valdivieso, auteur du catalogue raisonné publié en 2010, date notre exemplaire de 1665 et souligne sa qualité d'exécution exceptionnelle. Parmi les autres versions conservées en collections institutionnelles, citons une version plus modeste en cadrage et en format, conservée à Mexico, au Museo Soumaya - Fundacion Carlos Slim. (ill.4). 52.4 x 57.1 cm Notre exemplaire du Ecce Homo a la particularité de présenter un pedigree de collection remarquable, puisqu'il fit partie de la collection d'un des plus fins amateurs de peinture de l'Angleterre du XVIIIe siècle : Sir Lawrence Dundas, 1er Baronet de Kerse (1712 - 1781). Surnommé "le Nabab du Nord", Dundas est un exemple de réussite dans cette époque de capitalisme marchand et aventurier : fournisseur aux armées, entrepreneur immobilier, présent dans les coulisses de la vie politique, il se constitua un patrimoine foncier considérable entre Londres, le Yorkshire et Edimbourg. Membre de la société des Dilettanti, il était un commanditaire de tout premier ordre pour les ébénistes et architectes de son temps : Sir William Chambers, Capability Brown, Robert Adam, Thomas Chippendale, etc. Amateur de peinture, ami et client régulier du marchand John Blackwood, Sir Lawrence avait un goût sûr et mélangeait, dans son salon du 19, Arlington Street (ill.5), des maîtres du XVIIe siècle (hollandais, espagnols, français) et des peintres contemporains (Zoffany, Batoni, etc.). Un des plus ardents "Murillophiles" de sa nation (qui en comptait beaucoup!, comme par exemple Robert Walpole), on trouvait, parmi les joyeux espagnols de sa collection, accrochés aux côtés du nôtre, l'autoportrait de Murillo (ill.6) et un Christ portant sa croix (ill.7), tous deux aujourd'hui en collections publiques. Ses descendants, maintenant titrés marquis de Zetland et comtes de Ronaldshay, comptaient parmi les grands prêteurs d'oeuvres dans les premières expositions rétrospectives de peinture, industrie touristique naissante à partir du milieu du XIXe siècle. Dans l'exposition de Leeds de 1868, notre Ecce Homo fit forte impression, d'autant qu'il était exposé en rapport avec le sublime Ecce Homo de Titien, de la collection du duc d'Aumale (ill.8). Les Dundas avaient choisi comme écrin quotidien de notre tableau la chapelle d'Aske Hall, le domaine considérable que Sir Lawrence avait constitué dans le Yorkshire du Nord (immortalisé dans un tableau de J.W.M.Turner). Ils eurent la douleur de le voir disparaître dans un vol, en 1992, et devront à l'oeil averti et à la courtoisie de Guillermo Pinilla, marchand d'art à Paris et Madrid, de le récupérer lorsque le tableau réapparut, au détour d'une vente aux enchères à Paris. C'est donc à Aske Hall, dans un décor qui n'a presque pas bougé depuis les années 1760, que la maison Leducq a eu le privilège de décrocher cette oeuvre pour sa première mise en vente légitime depuis le milieu du XVIIIe siècle. Nous remercions le professeur Enrique Valdivieso González, auteur du catalogue raisonné de l'artiste, d'avoir confirmé l'authenticité de cette oeuvre, après examen de photographies haute-définition, dans un écrit en date du 15 février 2024.