VERCORS, JEAN BRULLER dit (1902-1991), écrivain, résistant, et illustrateur, auteur du Silence de la Mer.
Suite de six dessins satyriques anticolonialistes, projets factices d'affiche pour l'Exposition Coloniale Pastichant van Dongen, Kisling, Foujita, Rouault, Laurencin et Bofa. Encre sur papier 1930 28 x 21 cm. Jean Bruller, né le 26 février 1902 à Paris, est une figure marquante de la littérature française du XXe siècle. Connu sous le pseudonyme de Vercors, qu'il adopte pendant la Seconde Guerre mondiale, il est à la fois écrivain, illustrateur, éditeur clandestin et penseur engagé. Son œuvre et sa vie sont profondément marquées par les grands combats de son siècle : la lutte contre le nazisme et une prise de position précoce et courageuse contre le colonialisme. Avant de devenir écrivain, Jean Bruller se fait d'abord connaître comme dessinateur satirique. Il collabore notamment avec Le Crapouillot, La Gazette des Lettres et L'Illustration. Son trait acéré et son humour attirent l'attention d'intellectuels, parmi lesquels Pierre de Lescure, écrivain et critique, avec qui il tisse une amitié durable. C'est avec Lescure qu'il fondera en 1941, en pleine occupation allemande, les Éditions de Minuit, maison clandestine de la Résistance littéraire française. Ils y publient ensemble anonymement Le Silence de la mer (1942), une nouvelle poignante qui deviendra un symbole de résistance intellectuelle.` Bruller/Vercors noue également des liens avec Jean Paulhan, André Gide, Jean-Paul Sartre, ou encore Paul Éluard, figures majeures de la littérature et de l'engagement du XXe siècle. S'il reste indépendant, il partage avec eux une vision d'un art porteur de sens, capable de réveiller les consciences. Une voix anticolonialiste dès l'entre-deux-guerres Bruller est l'un des rares intellectuels de sa génération à s'être opposé ouvertement à la colonisation dès les années 1930, dans des textes peu diffusés mais lucides. Il dénonce les abus de l'impérialisme français et le mépris des peuples colonisés. Cette posture courageuse, à contre-courant du discours dominant, s'inscrit dans une pensée profondément universaliste. Voici deux citations représentatives de sa pensée anticolonialiste : « Il n'y a pas de civilisation supérieure quand elle s'impose par le fusil et la peur. » (Jean Bruller, discours non publié, années 30) « Le colonialisme n'est pas la lumière portée aux peuples, c'est l'ombre projetée de nos intérêts. » (Jean Bruller, lettre à André Gide, 1938) Son anticolonialisme trouvera un écho dans les années 1950-60, lorsqu'il exprimera publiquement ses critiques contre la guerre d'Algérie et soutiendra les mouvements d'indépendance. Ici Vercors emprunte leur style à quelques uns des plus fameux artistes de son temps pour proposer six projets factices d'affiches pour l'Exposition Coloniale qui se tint à Paris en 1930. Les légendes grinçantes à souhait insistent sur le caractère inique de la colonisation française en Afrique. Le projet « Moïse Kisling » met en lumière une femme décharnée et visiblement affamée présentant un plateau d'oranges. Le sous-texte évident est la condamnation de l'exploitation de la terre africaine, allant de paire avec celle de sa population.Le projet de Laurencin est plus léger et fait sourire, apportant un peu de douceur dans une oeuvre de dénonciation sans concession. Le projet de Bofa est drôle également ! il représente des français de métropole, coiffés de casques de colons, assis à la terrasse d'un bistrot. Le regard effaré du sevreur nous interpelle. Le talent du dessinateur aussi, très habile à restituer les chaises thonet et leurs courbes souples comme le pinceau du dessinateur. Le projet de Georges Rouault est le plus dur. La violence explicite de la condition des colonisés est montrée telle qu'elle est. Évidemment ces images ne sont pas celles que l'on souhaite montrer en métropole. C'est le sens de la légende. Le projet de Foujita est génial d'inventivité. Le plus célèbre des artistes japonais à Montparnasse, carton à dessins sous le bras, passe devant le Dôme. Montparnasse est sa colonieà lui ! Le projet de Van Dongen ponctue de la plus drôle des manières cette suite de dessins. Une jeune femme vue de dos, à la ceinture la jupe banane de Joséphine Baker, aurait fait une réclame idéale pour les colonies