Robert BENAYOUN. Projet de film consacré au surréalisme. [1952-1970].
Volumineux dossier de documentation provenant des archives de Robert Benayoun. Imposante réunion de documents originaux et autographes autour d'un documentaire consacré au surréalisme demeuré inachevé. Dans les dernières années de la vie d'André Breton, Robert Benayoun avait formé avec Jacques-Bernard Brunius le projet d'un film sur l'histoire du surréalisme destiné à la télévision. Le documentaire produit par Pierre Braunberger devait mêler images d'archives et séquences filmées avec les membres du groupe. Quelques scènes furent ainsi tournées à Saint-Cirq la Popie durant l'été 1964. L'aboutissement du projet fut sans doute compromis par la disparition d'André Breton le 28 septembre 1966 et l'opposition d'Elisa Breton à l'utilisation des séquences filmées. Robert Benayoun devait se servir de certaines images tournées dans son Passage Breton, diffusée à la télévision en 1970. Le présent ensemble réunit dix lettres et cartes postales autographes signées d'André Breton à Robert Benayoun, quatre lettres autographes signées de Brunius à Robert Benayoun, le scénario retravaillé, des croquis et photographies originaux, des documents ayant servis à la conception du film, des courriers administratifs autour de la production, etc. Détail : - Scénario. 8 septembre 1964. Reproduction de dactylogramme de 20 pages agrafées, retravaillée par le scénariste. Avec deux dessin originaux, portrait à l'écrevisse, l'un au stylo bille, l'autre à l'encre de Chine et à l'aquarelle et une introduction d'une page 1/3 (double carbone). 2 papillons de brouillons. - 10 lettres et cartes postales autographes signées d'André Breton à Robert Benayoun. 19 septembre 1952- 6 septembre 1965. 3 lettres autographes signées de 5 pages in-4, 7 cartes postales autographes signées, 1 télégramme, 5 enveloppes. Certaines lettres, datant des années 50 et du début des années 1960 n'ont pas encore trait au documentaire, mais à la vie du groupe. Ainsi Breton tient compte le 19 septembre 1952 de la vie du groupe au retour des vacances : La Conversation de 6 heures a surtout tourné autour de la rupture Sartre-Camus, puis des sanctions prises dans le "P.C.F." contre Marty et Tillon, qui, je crois, doivent entraîner leur exclusion sous peu. On s'accorde parmi nous à penser que Sartre et Jeanson ont mis Camus en posture presque intenable. Plus difficile est de dégager la portée de la disgrâce suivante, mais elle pourrait avoir des répercussions considérables. Il est par ailleurs question de différents projets éditoriaux ; il évoque Jérôme Lindon qui vient de prendre à sa charge les éditions de Minuit et du Sagittaire (installé 7 rue Bernard Palissy) ; Une carte postale du 25 juillet 1960 approuve l'idée de consulter Brunius "en ce qui concerne The Soothsayer's Tournament". Une lettre du 25 août 1961 évoque la publication de son texte sur le Douanier Rousseau. Une carte du 30 août 1961 donne la légende de son portrait par Mimi Parent : Duc... la Montagne Noire. Une lettre rédigée peu avant le tournage à Saint-Cirq (3 août 1964) lui donne des conseils à propos de la rédaction d'un bulletin : Les références à Ubu sont de nos jours des plus usées. La prudence élémentaire, dès qu'on approche de la Belgique [cf. encore certain « Daily- Bul » qui vient de me parvenir) déconseille toute allusion à... l'anal, qui y trouve l' écho envahissant que l'on sait ! Avec une table de 16 illustrations de la main d'André Breton, 1 page in-12 et le faire-part de décès d'André Breton. 1966. - Questionnaire imprimé "Enquête sur les représentations érotiques", tiré-à-part de la Brèche, n° 6. 2 exemplaires avec note autographe signée d'André Breton et Vincent Bounoure, l'un adressé à Louis Buñuel, l'autre à Christiane Rochefort. - Lettre autographe signée de Robert Benayoun à André Breton, datée du 19 décembre 1965 : plein d'amertume, Benayoun déplore l'absence d'esprit collectif dans le groupe, plusieurs surréalistes ayant tourné un film à la galerie à l'approbation générale. Il regrette de ne pas avoir été mis au courant, alors qu'il venait de "travailler un an et demi selon un projet approuvé à l'unanimité, conçu pour représenter la collectivité du groupe, et avec son concours, jouant franc-jeu à chaque étape...". D'évidence, la lettre n'a pas été postée, comme le prouve l'enveloppe jointe à l'adresse de Breton, non oblitérée. - Double carbone d'une lettre dactylographiée de R. Benayoun à Édouard et Simone Jaguer du 29 juillet 1964. - Texte dactylographié "Doublons la garde mais vérifions les identités" de la section belge du mouvement Phases, 10 février 1964, 1 page ½ in-4. - Quatre lettres autographes signées de Jacques-Bernard Brunius à Benayoun. 24 juin 1953- 17 novembre 1965. 22 pages in-4. La première lettre date de 1953, après "six mois de quasi-désespoir" que Brunius venait de passer au Maroc pour son service militaire. Elle a trait à l'anthologie Nonsense projetée par Robert Benayoun. "Nonsense ! Oui, mais qu'entendez-vous par là ? C'est un mot bien galvaudé en anglais. Un mot mal choisi en outre. On englobe sous ce vocable des choses si différentes, si contradictoires. Je ne crois pas que Lewis Carroll soit jamais Nonsense. C'est au moins aussi concerté que Raymond Roussel. Il s'agit d'abondance, de surplus, d'excédent de sens, créant apparence de non-sens par des procédés de camouflage de la pensée. Edward Lear, oui, c'est systématique du Nonsense. D'ailleurs il emploie le mot. Carroll pas. [...] Méfiez-vous de la confusion coutumière à Parisot sur ces questions". Les deux suivantes évoquent de près le projet de film : "J'ai vu Bunuel, qui est ravi de l'idée, dit qu'il serait même possible de trouver de l'argent en Amérique pour pareil projet. [...] Toute allusion à Soupault ramènerait la mythologie parisienne. Et comment faire sa place au premier Aragon sans les Buttes Chaumont ? [...] Je crois qu'un tel film devrait naître progressivement des rencontres avec chacun des protagonistes" (26 février 1963). Il est question de malentendus avec le producteur dans une lettre du 2 avril 1965. Enfin, une lettre du 17 novembre 1965 évoque une émission consacrée à Lewis Caroll, puis la vie du groupe surréaliste : "Pour cette émission L.C. j'avais accepté l'inclusion du Snark d'Aragon à cause de sa valeur historique de 1re traduction (pas nécessairement la meilleure !) [...] En outre j'avais admis qu'on lui demande une présentation de son Snark. Cet emmerdeur s'est découvert un intérêt pour Sylvie et Bruno. [...] Il est décidément envahissant ! [...] Les activités actuelles du groupe sont aussi occultes que possible. Aucun effort sérieux de diffusion n'est fait. [...] On me demande souvent s'il y a encore un groupe surréaliste ! [...] Le dernier tract que j'ai reçu par Ivsic (sur Arroyo et cie) est totalement incompréhensible, même pour moi, qui n'était pas au courant de l' événement dont il est question. - notes autographes et dessins de la main de Robert Benayoun concernant le projet de film et le tournage. 37 pages de formats divers de notes et 10 pages de jolis croquis. Avec deux photographies du scénariste pendant le tournage. - dossier autour de la production et le financement du film, comprenant des échanges de lettres avec le producteur Pierre Braunberger des Films de la Pléiade, une lettre de Pierre Schaeffer/ ORTF, des remarques techniques concernant le tournage en extérieur à Saint-Cirq la Popie de Brunius et une lettre de Brunius à Benayoun du 14 novembre 1965. 2 pages in-4. La correspondance autour du financement du film fait état d'exigences démesurées de Brunius et d'une grosse quantité de pellicule utilisée. Enfin, Elisa Breton s'oppose dans une lettre du 2 décembre 1966 à l'utilisation partielle ou totale du film tourné à Saint-Cirq la Popie pendant l'été 1965. - 76 photographies originales, tirages et retirages argentiques : portraits de Breton, de Robert Benayoun, photographies du groupe dont 3 prises au désert de Retz en avril 1960 dont 2 avec marques de format et annotations concernant des retouches à la gouache ; 20 prises de vue de Jean Benoît et Robert Benayoun au cimetière de Nanterre. 2 planches contact. - documents ayant probablement servi au tournage du film : cartes postales et publications touristiques consacrées à Saint-Cirq la Popie, carton d'une exposition Bellmer, 2 tirages argentiques (fontaine de la villa d'Este et portrait de Jean Benoît), 2 reproductions du costume de nécrophile de ce dernier, extrait d'un catalogue d'exposition, double carbone des 3 premières pages du scénario de Robert Benayoun. - coupures de presse autour de Breton et Passage Breton, documentaire diffusé à l'occasion de la sortie en livre de poche de l'Anthologie de l'humour noir sous l'instigation de Michel Polac ; contient le projet de couverture du livre de poche. Copie d'un courrier de l'association Actual à Pierre Braunberger demandant la reconstitution de l'intégralité des documents filmés en août 1964 devenus historiquement irremplaçables.