Filippo Tommaso MARINETTI. Lettre adressée au directeur de la Gazette de Lausanne. Milan, 17 avril 1915.
Lettre autographe signée 4 pp. ½ sur 3 feuillets in-4 à en-tête du Movimento futurista. Superbe lettre ouverte adressée à la Gazette de Lausanne qui, à cause d'une faute typographique, attribuait à Marinetti des intentions pacifistes : le chef de file des futuristes proteste de son bellicisme et de sa haine de l'Autriche… Marinetti avait été arrêté à Rome lors d'une manifestation, ce que rapportait la Gazette de Lausanne, indiquant : "On a arrêté également l'artiste futuriste Marinetti ainsi que le secrétaire du parti socialiste officiel, qui voulaient parler en faveur de la neutralité." Le verbe aurait dû être au singulier, Marinetti n'ayant aucun désir de promouvoir la neutralité, comme il le clame haut et fort : "Mon arrestation qui a eu lieu dimanche dernier, piazza Trevi, dès le début d'une grandiose manifestation contre la neutralité. J'ai été arrêté pour avoir poussé la foule à crier avec moi : A bas l'Autriche ! Une demi-heure plus tard on arrêtait Mussolini, directeur du journal interventionniste Il Popolo d'Italia. […] La campagne interventioniste [sic] organisée et poussée avec acharnement par les futuristes italiens dès le mois d'août 1914. Nous avons préparé à Milan et à Rome, les premières manifestations très violentes sur les places publiques et dans les universités. Dans celle qui eut lieu à Milan le 15 septembre, huit drapeaux autrichiens ayant été brûlés sur la place du Dôme (malgré les assauts de la police, de l'infanterie et de la cavalerie) nous avons été arrêtés, puis arrachés aux carabinieri par les étudiants, et finalement pris et conduits, les menottes aux poignets, à la prison centrale de San Vittore : 5 jours de cachot. Nous sommes les seuls en Italie à avoir subi ce traitement. Aussitôt relâchés, nous avons repris notre campagne par plus de 100 conférences, manifestations, assauts contre les socialistes neutralistes. J'ai été deux fois gravement blessé à la tête par des coups de gourdin ; Il y a un mois, dans la manifestation anti-autrichienne, à la réouverture de la Chambre, j'ai été une seconde fois arrêté à Rome, place Montecitorio. Dimanche dernier, j'ai donc été arrêté pour la troisième fois, toujours pour le même crime d'avoir crié Vive la guerre ! A bas l'Autriche ! Aujourd'hui l'armée est prête, l'atmosphère italienne est entièrement guerrière, et nous attendons d'un jour à l'autre l'ordre de mobilisation. […]" La lettre pourrait avoir été publiée si on en juge par les indications manuscrites en tête et en pied du premier feuillet. "Correspondance. Un interventionniste convaincu", lit-on en tête en guise de titre et, entourée à droite la mention "en 8", soit le corps de caractère indiqué pour l'imprimeur. En pied, le renvoi à l'erreur "voulaient" au lieu de "voulait" est accompagné de ce commentaire : "Il y a eu là une coquille typographique. Voulaient devait être au singulier. Nous n'en laissons pas moins la parole à notre correspondant M. Marinetti."