André BRETON. Pleine marge. Salon-de-Provence - Martigues, septembre-octobre 1940.
Manuscrit autographe signé, 3 pages ½ in-folio, encre noire sur papier vergé teinté, tranches rouges. Exceptionnel manuscrit de mise au net de ce long poème, dédié à Pierre Mabille, paru en pré- originale dans le n°229 des Cahiers du Sud, en novembre 1940. Je ne suis pas pour les adeptes Je n'ai jamais habité au lieudit La Grenouillère La lampe de mon coeur file et bientôt hoquète à l'approche des parvis Je n'ai jamais été porté que vers ce qui ne se tenait pas à carreau Un arbre élu par l'orage Le bateau de lueurs ramené par un mousse L'édifice au seul regard sans clignement du lézard et mille frondaisons Je n'ai vu à l'exclusion des autres que des femmes qui avaient maille à partir avec la vie Ou bien elles montaient vers moi soulevées par les vapeurs d'un abîme Ou encore absentes il y a moins d'une seconde elles me précédaient du pas de la Joueuse de tympanon Dans la rue au moindre vent où leurs cheveux portaient la torche… Réfugié à Salon-de-Provence en juin 1940, chez son ami et médecin Pierre Mabille, puis à Martigues, André Breton avait sollicité en vain la Nrf pour la publication de ce poème, écrit en Provence et marquant "ma fidèle opposition à ce qui recommence à s'écrire…". L'année suivante, exilé à New York, il qualifiera Pleine marge de profession de foi. En 1943, le poème paraît à New-York, édité par la galerie Nierendorf, illustré d'une eau-forte de Kurt Seligmann, ainsi que dans le n° 5 des Pages Libres des éditions clandestines La Main à Plume. (Breton, OEuvres complètes II, La Pléiade, pp. 1179-1182.- Lettres à Roger Caillois, Détours, 2002).