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Collections II : tableaux, mobilier et objets d'art / Lot 0
Lot 0

Portrait en buste de Charles X (1757-1836) en costume de sacre

Adjugé
1 400 €
Estimation : 1 000 – 1 500 €
Descriptif

Ecole française Epoque Restauration Huile sur toile rentoilée 81 x 64 cm Dernier roi de l'histoire de France à avoir été couronné à Reims en 1825, Charles X a fait appel aux grands portraitistes de son époque parmi lesquels le baron Gérard, Robert Lefèvre, Paulin-Guerin ou encore Jean-Auguste- Dominique Ingres, pour se faire représenter solennellement dans la tenue du sacre. Pour son portrait officiel, Charles X porte sa préférence à celui peint par le baron Gérard. L'image, qui ne manque pas de prestance, fut agréée par le roi afin d'être reproduite en de nombreux exemplaires, d'être tissée à la manufacture des Gobelins et d'être diffusée par l'intermédiaire de la gravure à la taille douce. Notre portrait, dont nous ne connaissons pas l'auteur, est vraisemblablement un travail de province de l'époque Restauration. Charles X est représenté en buste, tourné de trois quart, son visage se détachant sur une draperie rouge. Contrairement à son frère Louis XVIII auquel il a succédé, Charles X a un abord aimable et séduisant : « gracieux, élégant, débonnaire, obligeant, désireux de plaire, il savait joindre la bonhomie à la dignité » . Le roi, qui a une croyance sincère au lien d'amour qui l'unit à ses sujets, regarde le spectateur de face comme pour le convaincre de la légitimité de son pouvoir. Contrairement à son frère ainé Louis XVI qui régnait en monarque absolu, l'exercice du pouvoir chez Charles X s'inscrit dans le cadre d'une monarchie constitutionnelle depuis la Charte de 1814. Il se doit donc de fixer ses sujets dans les yeux, là où son frère ainé dans son portrait peint par Callet regarde au loin, sourit vaguement, se plaçant au-dessus du commun des mortels. Le roi Charles X est un nostalgique de l'Ancien Régime et son portrait peint par le baron Gérard fait revivre les formules utilisées dans les portraits royaux prérévolutionnaires, même si cinquante ans se sont écoulés entre le début du règne de Louis XVI sacré à Reims en 1775 et celui de Charles X. Sur notre portrait, le roi porte le grand manteau de sacre, fait de velours bleu azur brodé de fleurs de lys d'or et bordé de fourrure d'hermine, une cravate en dentelle nouée autour du cou et en sautoir le grand collier de l'ordre du Saint-Esprit. Ce dernier, créé par Henri III, est composé d'un collier d'or émaillé de lettres « H » pour Henri, de symboles royaux et de fleurs de lys anglés de flammes, auquel est appendue la croix de l'Ordre de Malte. Celle-ci est ornée d'une colombe aux ailes déployées la tête en bas symbolisant le Saint-Esprit. Sur notre effigie, le roi semble plus jeune que sur le portrait peint par le Baron Gérard en 1825. Ses cheveux ne sont pas grisonnants mais châtain clair. Il est campé en prince de la jeunesse, rappelant le héros élégant et gracieux qui a fait une entrée triomphale à Paris en 1814 par la porte Saint-Denis. Dans la réalité, le roi a soixante-sept ans lors de son sacre. L'accent est mis sur la somptuosité du costume et des décorations, Charles X ayant voulu restituer la pompe de l'Ancien Régime. Cette copie d'atelier a certainement eu pour fonction de véhiculer l'image royale, chaque portrait royal étant compris comme un substitut de la présence réelle du monarque. Charles X, dernier Bourbon à avoir régné sur la France, est renversé en juillet 1830 : sa bigoterie affichée, l'emprise exercée sur lui par les coteries les plus réactionnaires lui ont aliéné une grande partie de l'opinion . Il perd son trône au profit de son cousin Louis-Philippe d'Orléans qui incarne la modernité. Il meurt en exil en 1836. « Charles X est tel que je l'ai peint, doux, quoique sujet à la colère, bon et tendre avec ses familiers, aimable, léger, sans fiel, ayant tout du chevalier, la dévotion, la noblesse, l'élégante courtoisie, mais entremêlé de faiblesse, ce qui n'exclut pas le courage passif et la gloire de bien mourir ; incapable de suivre jusqu'au bout une bonne ou une mauvaise résolution ; pétri avec les préjugés de son siècle et de son rang ; à une époque ordinaire, roi convenable ; à une époque extraordinaire, homme de perdition, non de malheur » écrit Chateaubriand, dressant le tableau tragique d'une dynastie en train de s'éteindre .