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LEDUCQ.
Henri Michaux, la collection de Sven Pitseys / Lot 220
Lot 220

Henri MICHAUX. Correspondance avec Jacques Olivier et Georgette Fourcade. 1929-1947.

Estimation
20 000 – 25 000 €
Descriptif

52 lettres, billets et cartes autographes signées, 48 pages in-8 ou in-12, 18 enveloppes. Exceptionnelle correspondance inédite à l’ami le plus proche, le confident, l’éditeur Jacques-Olivier Fourcade (1901-1966) et à son épouse Georgette. La correspondance adressée à celui que Michaux surnomme affectueusement Old Jack, Old Man, mon vieux ou chère vieille pipe, apporte un témoignage particulièrement émouvant de cette amitié particulière. Ainsi cette lettre écrite depuis la Belgique le 23 juillet 1935 : Je suis seul à pleurer. Si c'est ça mon pays ! Et encore j'ai cherché le seul village ol'on parle allemand ! Toujours ça qu'on n'a pas à comprendre. Bon marché - évidemment. Mais il faut se saouler pour supporter le pays, alors… Écrivez moi. J'ai besoin que vous m'écriviez. N'importe quoi, naturellement. Le trac me prend quand je songe que je pourrais ne plus habiter la France. Et vivre au milieu de ces étriqués. Plusieurs missives du début des années trente permettent de suivre Michaux sur ses pérégrinations à travers le monde – de l’Espagne, à l’Extrême-Orient, en Inde, aux Canaries, au Portugal, en Afrique. Les impressions sont livrées dans un style télégraphique, voir elliptique, mais non dénuées d’humour, comme dans cette carte postale adressée depuis Canton, en avril 1932 (reproduite dans le catalogue de l’exposition de la BnF, p. 25) : Cher Fohá Chine impossible rien voir, et néanmoins… Mais Chinoises merveilles de l'univers. Attend vos nouvelles et lettre recommandations (à Tokyo, consulat Belgique) pour Japon. Et cinéma ? J'écris, j'écris... et renais. Ne retournerai que pour peu temps France. Veux habiter Etats Unis ou Angleterre. Comprends plus français. Écrivez moi - de grâce Amitiés à Georgette. Si vous êtes trop paresseux, dites à Georgette de m'écrire -Votre Henri La correspondance évoque fréquemment la maison des Fourcade, à Meudon. Il s’y invite pour la première fois depuis l’hel Perey 5 cité du Rétiro par carte postale interposée : « Faites vos enfants en Allemagne. Ce sont les plus beaux ». Mais je n'ai pu aller en Allemagne et n'ai aucun besoin d'enfants. Plutôt d'un peu de repos, ici, ne pouvant m'éloigner de Paris. Ne m'avez-vous pas un jour d'une année X proposé de venir passer quelques jours à Meudon en votre absence ? Fouillez votre mémoire… et d'ailleurs, vous en êtes tout à fait capable. Il s'agirait seulement pour moi d'y pouvoir aller quelquefois l'après-midi, d’y faire un peu de dessin (des pastels si je les retrouve) et surtout de n’y rien faire - dont j'ai besoin. D'autres que vos fantômes l'habitent ils ? Les dérangerait-on ? À partir de l’été 1937, Meudon devient pour Michaux un refuge et un lieu de création. Il y loge dans un garage transformé en studio oil dessine, écrit et joue du piano. Il s’y installe notamment à son retour du Brésil au début de l’année 1940. Son ami étant mobilisé, les lettres s’adressent alors à Georgette : Ce n'est pas encore la saison des bons retours, ce semble. Meudon a perdu ses maîtres et le jardin est une désolation. Le garage avait l'air moins rébarbatif, mais rien n'en sort, ni eau, ni gaz, ni chaleur et la lumière ne se montre pas. Le soir, je fais la veillée à la bougie et dans un froid peu réconfortant. Après-demain ces Messieurs du gaz, après avoir été payés, voudront bien, paraît-il, remplir les tuyaux de leur marchandise, et j'attends l'électricité (9 février 1940). Ou à l’arrivée du printemps : S, je reste à Meudon. Quoi qu'on en dise la proximité de Paris c'est quelque chose. En tout cas, malgré de détestables nouvelles – comme tout le monde en reçoit évidemment – je me sens dix fois mieux ici qu’oj'étais avant. Des fleurs dans le jardin (ces arbustes à fleurs jaunes devant, en pleine floraison), les rosiers et lilas qui promettent d'être formidables. En mai 1940, Michaux rejoindra sa future épouse Marie-Louise dans le Tarn-et-Garonne après avoir “vu Jacques seulement quelques heures. Il était fatigué et moi anéanti par cette capitulation du Roi des Belges. Ça nous manquait !” Il quitte Meudon non sans espoir d’y retrouver ses amis à la fin juillet. Le poète demandera régulièrement des nouvelles de Jacques et de Monique et Maurice, leurs deux enfants, et sollicitera l’aide de Georgette lors des préparatifs d’une exposition à la galerie de l’Abbaye, le 12 mai 1942 : Le moment de revenir approche. C'est le 12 juin que s'ouvre mon exposition et que j'inspecterai vos plantations. Il ne manque que des cadres aux tableaux. Or, il en existe dans le garage qui sont à dormir ou à pourrir. Je suppose que vous allez à Paris de temps à autre. Voudriez-vous en porter à la galerie de l'Abbaye, 16 rue de l'Abbaye (c'est-à-dire place SaintGermain-des-Prés). C'est pour y mettre / encadrer des aquarelles de mon format habituel de 25 cm sur 32,5. Et il m'en faudrait le plus possible puisqu'il en manque dix-sept. Portez en le plus que vous pouvez en bois blanc ou doré et également des passes en toile ou en autre matière. C'est follement urgent car on va faire des sottises à la place. Vous rembourserai taxis et frais. S'il vous était malheureusement impossible de les porter ou de les faire porter à la directrice de la Galerie, téléphonez aussitôt à Monsieur Henri Parisot Vaugirard 9970 qui habite 140 avenue d'Orléans à Paris en le priant instamment (mais il est professeur et fort occupé) de venir les prendre. Ecrivez-moi aussitôt un seul mot pour me dire que vous avez reçu cette carte. Quelques lettres de l’immédiate après-guerre datent de séjours à Chamonix et en Égypte du couple Michaux, peu avant la disparition tragique de Marie-Louise en février 1948. On joint : - Jean PAULHAN. Lettre autographe signée à Jacques Fourcade avec enveloppe oblitérée le 23 janvier 1946 : Eh bien, G.G. me semble très froid, pas du tout décidé (ceci, je vous prie, entre nous, il considère H. comme un type peu s, à foucades.) Moi j'ai fait ce que j'ai pu. -Jean de BOSCHÈRE. Carte postale autographe signée à Jacques Fourcade. La Chatre, 23 mai 1952. À propos du recueil collectif Jean de Boschère l’admirable publié par Fourcade.

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