Boris VIAN. Manuel de Saint Germain des Prés. Texte présenté et établi par Noël Arnaud iconographie rassemblée par d’Déé. Paris, Éditions du Chêne, 1974.
In-8, maroquin bordeaux, dos lisse, titre au palladium, photographie de l’auteur en surimpression de l’église Saint Germain des Prés tirée sur toile et montée sur les plats, couverture et dos conservés (Mercher, 1978). Édition originale. Bel exemplaire, relié à l’époque par Mercher. On joint un manuscrit de travail préparatoire, offrant de nombreuses ratures et corrections : manuscrit autographe de 7 pages sur 5 feuillets in-4, à l’encre bleue, verte ou violette, numérotation au crayon rouge. Le Manuel de Saint-Germain des Prés était à l’origine un guide “touristique” commandé à Boris Vian par l’éditeur Toutain pour la collection des Guides Verts en 1949. Annoncé en 1950, le guide ne verra finalement le jour qu’à titre posthume, en 1974, sous l’égide de Noël Arnaud aux éditions du Chêne. Un premier feuillet présente le plan général du guide : Introduction (définition, situation, accès…) A. La légende : Saint Germain des Prés la nuit B. La réalité : Saint Germain des Prés le jour C. Florilège et personnalités D. Sites et monuments (touristiques) E. Posologie et mode d’emploi. “Si on veut, malgré tout ce qu’on vient de lire, s’amuser à St Germain.” Les autres pages, dont deux inédites, sont consacrées à trois “personnalités” germanopratines, Simone de Beauvoir, Frédéric Chauvelot et le comte Anne de Bieville: Physiquement Mame de Beauvoir a le gros mérite de s’écarter du type ‘femme de lettres’ à mine pointue et teint triste. Jeune, vive, une voix plaisamment éraillée, le cheveu noir et l’œil de Delft, le visage clair et le soulier plat, elle aime également le voyage et la discussion, les quarante kilomètres à pied dans la journée et les quarante heures de discussion dans la discussion l’intéresse. […] Sur Simone de Beauvoir, agrégée de philosophie depuis 1929, on a raconté des tas de salades comme sur Sartre d’ailleurs. Je ne pense pas quant à moi qu'on puisse expédier leur philosophie en vingt lignes. Je rappelle simplement que le lancement récent de Saint-Germain-des-Prés est en grande partie due à leur renom littéraire et que si les tauliers du coin avaient trois sous d'honnêteté, Simone de Beauvoir et Sartre devraient consommer gratis dans tous les bistrots qu'ils ont lancés. N'est-ce pas, Castor, que c'est une bonne idée ? Vian dresse également un portrait sympathique de son ami Frédéric Chauvelot, « un des éléments essentiels du mouvement des caves qu’il catalysa à grand coups d’astuce et de charme personnel [Chauvelot géra quelques lieux emblématiques comme le Tabou ou le Club Saint-Germain] », concluant ce portrait ainsi : “N’aime pas du tout qu'on parle de lui. Je n'ai aucune raison de le faire souffrir malgré un sadisme bien connu. Aussi je m'arrête”. Les deux pages sur le comte Anne de Bieville sont inédites : Vian y évoque ce grand citoyen de Saint-Germain-des-Prés, un amateur un peu dilettante, bardé de diplômes, auteur d’une étude sur Patrice de La Tour du Pin, expert de la canasta, collectionneur de cannes, se plaignant parfois de l’envahissement du quartier. “On peut tout de même, proteste Anne de Biéville, entrer dans une pissotière pour pisser et à la Reine blanche pour boire un verre !!”