Henri MICHAUX. Lecture de huit lithographies de Zao Wou Ki. Paris, Éditions Euros et Robert J. Godet, 1950.
In-folio, en feuilles, couverture rempliée illustrée, chemise-étui de l’éditeur. Édition originale : elle est illustrée de 8 lithographies originales en couleurs de Zao Wou-Ki. Les livres sont ennuyeux à lire. Pas de libre circulation. On est invité à suivre. Le chemin est tracé, unique. Tout différent le tableau : Immédiat, total. A gauche, aussi, à droite, en profondeur, à volonté. Pas de trajet, mille trajets, et les pauses ne sont pas indiquées. Dès qu’on le désire, le tableau à nouveau, entier. Dans un instant, tout est là. Tout, mais rien n’est connu encore. C’est ici qu’il faut vraiment commencer à LIRE. Livre important, marquant la première collaboration entre Henri Michaux et Zao Wou-Ki. Il s’agit aussi du premier poète qu’a illustré le peintre chinois, installé en France depuis quelques mois. Au début de l’année 1949, Zao Wou-Ki avait fait des essais de lithographie à l’atelier Desjobert : séduit par le résultat, l’éditeur Robert Godet fit venir Henri Michaux qui, conquis, écrivit huit poèmes accompagnant les huit lithographies. Godet s’associa à Chou Ling, directeur des Éditions Euros à Paris pour financer la publication. “Cet ouvrage à deux mains – le seul exemple où l’illustration précède le texte – est le point de départ de l’amitié avec Henri Michaux, ininterrompue jusqu’à son décès en 1984. […] Ce premier livre est aussi le premier exemple de la fusion que Zao Wou-Ki entreprend entre sa culture d’origine et sa culture d’adoption” (Yann Hendgen). Par la suite, Zao Wou-Ki illustra deux autres textes d’Henri Michaux, En Occident le jardin d’une femme indienne (1986) et Annonciation (1996). (Hendgen, Zao Wou-Ki et les poètes, 2015, pp. 69-69.- Marie Minssieux-Chamonard, Zao Wou-Ki, estampes et livres illustrés, BnF, 2008, p. 18 : “Ce fut une grande chance pour Zao Wou-Ki, qui, alors, ne parlait pas français et ignorait jusqu’au nom de Michaux.”) Le plus précieux des deux exemplaires de tête sur papier de Chine réservés aux auteurs portant un envoi autographe signé du poète au peintre: Avec reconnaissance et amitié à Zao Wou-Ki qui m’a fait retrouver l’air de la Chine avec des finesses qui ne sont qu’à lui Henri Michaux Évoquant des années plus tard l’ouvrage dans son Autoportrait (p. 79), Zao Wou-Ki confessera : “Cette rencontre fut décisive car l’attention de Michaux à mon travail me donna confiance. Chaque fois qu’il m’est arrivé de douter, l’avis de Michaux l’a emporté sur ma confusion intérieure et m’a permis de continuer, de repartir.” L’exemplaire est longuement décrit dans le catalogue Henri Michaux & Zao Wou-Ki dans l’empire des signes de l’exposition à la Fondation Martin Bodmer à Cologny en 2015-2016 (p. 192). Il existe dans les archives Zao Wou-Ki un autre exemplaire du livre avec envoi du poète “à mon inspirateur”, un des hors commerce sur rives B.F.K. L’autre exemplaire sur papier de Chine a été offert et dédicacé par le poète à Micheline Phamkin au début des années 1960.