René CHAR. Trois lettres adressées à Henri Michaux. Paris 10 novembre 1962, L’Isle-sur-Sorgue 23 janvier 1965 et 18 septembre 1981.
3 lettres autographes signées : 1 page in-8 pour les deux premières et 2 pages in-8 pour la troisième ; 3 enveloppes, la première “aux bons soins de la galerie Cordier”. Trois lettres de remerciements de René Char, admirateur de l’œuvre picturale et littéraire de Michaux : le poète se dit emporté par l’encre “séismique” de l’auteur d’Apparitions. Après avoir visité l’exposition présentée à la galerie de Daniel Cordier : “Je vivrai longtemps encore avec vos grands dessins inspirés – et conduits par vous jusqu’à mon refuge le plus profond, celui que l’on atteint qu’une ou deux fois dans sa trouée. Merci, d’un merci rarement prononcé.” “Merci d’être ce que vous êtes pour nous qui vous aimons. Grâce à vous et à votre avant-pays, la grande Dentellière muette qui nous fait face a quelque chose d’essentiel à nous dire, à présent ; qui ne pouvait pas être autrement rapporté.” Après la lecture d’Affrontements : “Ne questionnant plus ‘la grande Voix’, car l’ayant entendu d’au-delà et de riens, n’appliquant plus « le bandeau », ayant tourné et retourné à satiété la nuit et ses secrets jactant, j’aime à vous retrouver ainsi, à vous découvrir de nouveau avec votre écriture transperçante de corsaire, mais corsaire consolateur fendant les filets et dérangeant les lièges, tandis que s’écroulent à terre, les installations des hommes. Je sors à peine d’Affrontements. Lecture sans cale ou nul souffleur dans sa boîte, ne se propose en pleurs d’unir le feu à la clarté en le niant… Bloc de lave tantrique que le mouvement n’a pas encore tout à fait quitté, mouvement d’écriture et de dessin sousjacents. Et le mutisme et la parole ici, comme vous le dites si péremptoirement se passe de théâtre. Tant mieux. L’oreille interne est à sa seule réception, à sa seule souffrance. Je n’avais désir que de vous remercier avec affection et prévenante admiration. Voilà que je me suis laissé entraîner sur le sillage de votre encre, de votre encre séismique !” Henri Michaux a sans doute reçu avec une certaine réserve ces trois lettres enthousiastes car, comme le souligne Jean-Pierre Martin, il fuyait les mondanités et n’aimait guère la compagnie de ses confrères poètes. Dans le cas de René Char, “si Henri Michaux voulait l’éviter à jamais, il n’aurait pas dse rendre, un jour de 1976, au Point Cardinal : c’était pour le vernissage d’une exposition de poèmes de Char illustrés par Wifredo Lam. Occasion exceptionnelle.” Le vernissage en question était celui de Contre une maison sèche (cf. nº 39).