Alexandre DUMAS Fils. 40 lettres autographes signées à sa fille Jeannine. Environ 190 pp.
– [1873] « comme tu es toujours très sage et très prudente, j’étais bien sûr qu’il ne t’arriverait rien… Je n’avais peur que pour cette folle de Colette qui n’a jamais ses yeux du même côté que ses pieds. Dis lui que lorsqu’elle voudra me revoir, elle n’aura qu’à m’écrire qu’elle sait son histoire romaine – seulement il ne suffira pas de me l’écrire, il faudra me le prouver… » – s.d. « Quand tu m’écriras, tu m’écriras en vers de douze pieds tout ce que tu auras à me dire. Si tu fais des fautes, je les corrigerai… » – [1876] Ton ami Fould qui n’a pas autant de raison que toi, n’a pas pu s’empêcher … de boire de cette boisson infernale, et c’est sur lui que les Dieux se sont vengés. Il a été agité toute la nuit et depuis ce matin, il court aux cabinets, qu’il en a l’air d’une petite folle… » – 3 octobre 1878. Mon cher petit Jeannot. Tu as bien raison quand tu m’écris de signer ton fils, car tu es bien véritablement le garçon de la famille. Quand Collette est venue au monde, j’avais dit au bon Dieu de faire comme il voudrait… mais quand j’ai vu que cette fille était une vraie toquée, alors j’ai demandé un garçon. Il n’y en avait plus cette année-là, mais le bon Dieu m’a dit : prends encore cette fille…Tu auras donc une fille et un garçon en une seule personne, ce qui te fera une grande économie et un grand plaisir… » – s.d. « J’ai reconnu tout de suite que tu étais un esprit trop sérieux pour que j’eusse besoin de te faire chanter des cantiques dans les églises ou de te faire avaler des hosties à un certain âge de ta vie et à un certain jour de l’année. Quand nous serons à la campagne cet été, maintenant que tu es un grand garçon, nous lirons ensemble les Évangiles et tu t’efforceras de vivre comme il y est conseillé de le faire… » – s.d. Il remet la maison de Marly en état : « Ta mère lorsqu’elle se portait bien, aimait mieux faire des patiences que de s’occuper de ces choses là indignes de ses origines… tâche de réapprendre à le faire, ta mère s’étant obstinée jusqu’à présent à te le faire oublier… » – « Il va falloir très sérieusement que tu te prépares à te mettre à la tête de la maison. Il est impossible que ta mère continue à s’imposer cette tâche. Elle n’a plus ni la santé ni la méthode, ni la patience suffisantes… » – « Voici une loge pour la 1ère représentation de Daudet. Donne la à Colette en recommandant bien que ni elle si son mari ne disent un mot de critique ou de désapprobation…. » – S.d. Il la remercie de sa lettre mais « quand tu seras tout à fait raisonnable, je serai tout à fait heureux. Cela ne saurait tarder. Tu es trop intelligente et trop loyale pour ne pas reconnaître qu’on a fait sur toi une combinaison dont ta délicatesse commencera par être humiliée jusqu’à ce que ton bon sens en rie… » – « Dis à ta mère de ne pas être jalouse. Je n’aime que vous trois. » – Deux vers s.d. « Le tems est magnifique et la maison est prête / Si vous ne venez pas, vous serez une bête. » – [1890]. « Il faut que tu aies… des raisons bien graves pour avoir le courage de déclarer publiquement que les idées dans lesquelles je vis et je mourrai sont fausses et pour protester à la face de tous contre l’éducation que je t’ai donnée jusqu’à ce jour. Je t’avais laissé toute liberté, tu en uses, c’est ton droit, et je ne te fais aucun reproche… Décidément l’Église a une puissance surnaturelle. Je n’ai aucun reproche à me faire à ton sujet, pas un, pas plus qu’au sujet de ta sœur qui m’a trahi, elle aussi, moins franchement que toi et d’autre façon… » – 20 mai 1895. « Si Made d’Hauterive n’a pas encore compris pourquoi je cesse de la voir ainsi que son mari c’est qu’elle n’a pas lu attentivement les lettres que je lui ai écrites à son mari et à elle. Qu’elle les relise… Que ceci soit dit une fois pour toutes. Ma décision est, je le répète, pour la centième fois absolument irrévocable. » – 21 juin 1895. « Ta lettre m’a fait le plus grand plaisir… Vos chambres à ton mari et à toi sont toujours à votre disposition à Marly et à Puits, et que vous serez les bienvenus quand il vous plaira d’y venir… » – « Je suis enchanté de pouvoir te donner cette armoire… tout ce qui pourrait te plaire soit chez ta mère soit chez moi est à ta disposition… » – 6 novembre 1895 (dernière lettre ?). « Le déménagement se fait peu à peu sans trop de fatigue. Il parait que tu aurais besoin d’une femme de chambre que ça te fatigue beaucoup de n’en pas avoir mais que ton budget et Henriette a précisé que tu pourrais prendre la fille à Campion… »