Découvrez le calendrier des prochaines ventes
LEDUCQ.
L'univers des Dumas, père & fils / Lot 125
Lot 125

Alexandre Dumas Fils. Environ 130 lettres autographes signées à la Princesse Aurélie Ghika. 1872-1895. Environ 630 pp. in-8 et in-12

Estimation
1 000 – 1 500 €
Descriptif

Henriette-Aurélie Soubiran (1820-1904) est la fille d’un aventurier peu recommandable, qui semble lui avoir donné une excellente éducation. Elle fréquente les cercles littéraires et artistiques parisiens, commence à publier en 1841. Un essai au théâtre tourne court. En 1849, elle épouse par amour le prince Grigore Ghika, un des fils de l’hospodar de Valachie Grigore IV Ghika. Veuve en 1858, elle vit quelques années en Roumanie avant de s’installer à Lectoure en 1866 où elle mourra. Dans cette ville de province où le souvenir du passé douteux de son père l’a précédée, elle est d’abord tenue loin de la société avant que celle-ci ne se presse chez elle et que son salon deviennent le centre de la vie mondaine. Alexandre Dumas Fils préfacera un de ses derniers livres Pensées de la Solitude. Intéressante correspondance amicale dans laquelle Dumas Fils développe ses idées, principalement sur les femmes, sûr d’être compris par une correspondante cultivée et d’une grande intelligence que les questions philosophiques ne rebutent pas. – 1872. « Lectoure ! c’est bien loin ça. 150 lieues au moins pour un homme si occupé, c’est impossible. Il n’y a que mes souvenirs et ma reconnaissance qui pourront aller là. Mais la présence réelle est impossible. » – 28 mars. « C’est très remarquable. Vous avez la forme et le fond. Faites donc la Bible des femmes ! » – 21 mars 1875. « Vous avez l’écriture nette, claire, droite, ferme, un peu carrée des grands esprits… Vous savez que l’on peut juger du caractère des gens sur leur écriture… En mettant toutes sortes de choses dans votre esprit et dans votre âme, vous avez modifié, consciemment ou inconsciemment, votre écriture, c’est-à-dire un des signes extérieurs de votre esprit et de votre âme… » – 26 juin 1875 : « Quant à la mélancolie que vous avez cru surprendre derrière mon rire, je ne vous aurais pas fait l’injure de vous la cacher. Le rire n’est pour les gens intelligents que le masque derrière lequel ils cachent leurs pensées quand ils sont en contact avec un monde qui ne mérite pas leur confidences… » – 1876. « Vous me demandez avec terreur ce que nous mettrions à la place de ce qui est ? Nous mettrions ce qui doit être. Tout ce qui disparaît est remplacé par quelque chose qui était derrière, dessous, dessus ou dedans. Il n’y a pas de vide dans la nature… » – 18 mai 1876. Sur la mort qu’elle craint : « N’est-ce pas le repos ? Est-ce qu’elle n’est pas la fin des réalités plus ou moins décevantes et dont la continuité serait un véritable supplice ? Est-ce qu’elle n’est pas le commencement des réalisations possibles des conceptions de notre esprit ?... » – 4 août 1876 : « Tout ce que vous me dites sur G.S. [George Sand] est parfaitement juste. Son excuse est d’avoir représenté un grand nombre de femmes de son temps et la phase de révolte et d’émancipation du féminin français. Le mal qu’elle a eu l’air de faire se serait fait sans elle et moins poétiquement qu’avec elle. Nous y avons gagné quelques belles pages, car elle ne laisse pas un véritable chef-d’œuvre, mais un nombre énorme de beaux morceaux. C’était un grand écrivain dans un tout petit penseur… » – 22 avril 1877. « Je vous avais conseillé jadis d’écrire la Bible des femmes. Maintenant que je vous connais mieux, ce n’est plus cela que je vous conseillerais. Vous avez une religion vague, indécise, poétique, flottante, superstitieuse, surnaturelle… Vous n’avez pas les mains assez fortes pour faire le nœud entre la nature et la créature… » – 1878 : « La femme est toujours disponible, et elle le sera toujours parce qu’elle n’a pas sa direction propre… qu’elle a besoin de l’homme et, quand l’homme manque, de Dieu pour opérer son évolution providentielle… » – 1878 : « Il ne faut pas que le divorce soit prêt pour toutes les fantaisies, mais il faut qu’il soit dans certains cas déterminés, à la disposition de celui des deux qui souffre trop du mariage, dans lequel l’innocent paie vraiment trop pour le coupable… » – Juin 1884 : L’amitié que j’ai pour vous est supérieure à un sentiment. Vous n’êtes pas seulement une âme qui aime, vous êtes une âme qui pense, c’est-à-dire ce qu’il y a de plus rare – 1882 : Mlle Jeannine que vous ne reconnaîtrez pas tout d’abord est d’une taille démesurée, sa sœur va bien, le bébé aussi et même Mde Dumas qui me charge de ses meilleurs souvenirs. Elle vous envie d’être toujours à la campagne. Elle croit qu’elle l’aime ! » – 1882 : « Je ne sais que vous qui écriviez bien. J’ai, sans vous nommer, bien entendu, communiqué quelques phrases de votre dernière lettre à cet honnête et excellent Jules Claretie que j’ai autorisé à les citer. Ne vous étonnez pas de vous voir imprimée un de ces matins dans le Temps ou dans l’Indépendance belge… » – 1883. « Je me suis mis à faire une pièce de théâtre qui me fatigue beaucoup. Plus le théâtre devient facile aux autres, plus il devient difficile pour moi qui ne veux pas m’en tenir à ce que les autres disent. Il est vrai que ceux-ci vivent beaucoup de ce que j’ai déjà dit moi-même… » – 1885 : « S’il y a quelque chose à reprocher à Hugo et il y a beaucoup de choses à lui reprocher ce n’est certainement pas son athéisme puisque le derniers mot de son testament et de sa philosophie c’est : Je crois en Dieu. Personne ne lui demandait sa profession de foi, laquelle, je le crois bien, ne changera rien aux idées des autres, mais enfin, cette profession de foi il l’a faite, qu’est-ce que vous voulez de plus ?... » – 28 décembre 1886. « je ne suis pas tout à fait de vos avis sur Renan. Il a été prêtre. Cela explique beaucoup de choses. Il y a dans l’éducation et dans l’instruction de ceux qu’on destine à l’Église des mélanges, des mixtures étranges de mysticisme et d’obscénité, des rapprochements d’idéal séraphique et de volupté charnelle, d’extases et de spasmes dont vous ne pourriez vous rendre compte que si vous lisiez les livres de théologie morale de St Alphonse de Ligori par exemple… » – 8 décembre 1887. « Ah ! Par exemple, j’ai là une belle amie ! Je la déclare pourtant la femme la plus intelligente qui soit et elle me croit capable de ne je ne sais quelle infidélité… » – 19 août 1889. « Le pire qui puisse arriver, après tout, c’est de mourir. Ça ne doit pas être bien difficile si j’en juge par la quantité d’imbéciles qui sont morts. » – 2 décembre 1889 : « Je ne suis donc pas mort, mais je n’en vaux guère mieux. Depuis trois mois surtout, j’ai dû renoncer à tout travail et presque à toute correspondance. J’ai interrompu la pièce que le théâtre français attendait, et je me suis confiné tout seul, à la campagne… » – 23 mars 1890. « La littérature me soulève le cœur, y compris celle des livres qu’on nous envoie aux concours de l’Académie, qu’il faut lire et sur lesquels il faut faire des rapports dans les commissions nommées à cet effet, que de platitudes !... » – Août 1890. « Certainement je suis avec Dieu mais pas quand on lui donne la forme étroite, inconséquente et ridicule de votre Église catholique, ignorante et hypocrite. Je vais m’occuper de votre préface à vous. » – 30 octobre 1890. En corrigeant vos épreuves, je trouve, page 58, une pensée qui n’est pas claire, en tout cas, qui n’est pas vraie. La voici ‘S’il existe quelque part une femme demeurée vertueuse sans religion, sa vertu aura quelque chose d’aigre qui sentira le regret… Seule la chrétienne restera humble dans l’accomplissement du devoir…‘ Tout ce que je souligne n’est pas vrai. La Bible est pleine de figures d’une vertu incomparable à commencer par Rebecca… » – 16 novembre 1891. Je ne vous ai pas répondu parce que je n’ai rien à vous dire. Je traverse une phase tout à fait pénible et j’ai horreur de geindre. Tout ce que je pourrais vous raconter ne peut pas être écrit ; cela ne peut être que dit au coin du feu, ou dans ces promenades dans les grandes allées… » – Juillet 1893 : « Renan me disait une fois : je voudrais vivre éternellement pour travailler toujours. Je pense comme lui… J’ai besoin d’une action perpétuelle. Quand s’y trouve un obstacle que je ne puis pas briser tout de suite, je m’exaspère. – 29 décembre 1894. Sur sa nomination au grade de grand officier de la Légion d’honneur : « vous êtes la seule personne en dehors de ma fille à qui je l’annonce. Je ne compte pas que vous m’en aimerez davantage ni même que cela vous réjouira. À vrai dire, chaque fois qu’une distinction de ce genre m’est arrivée, j’en ai été un peu triste et même un peu humilié en voyant que cela augmenterait l’opinion que les gens avaient de moi ou souffraient de ne pas être à ma place… » On joint - Princesse GHIKA. Lettre autographe signée à une fournisseuse. 15 février. 2 pp. in-8 - CALMANN-LÉVY. 2 lettres à Alexandre Dumas Fils relatives à la publication du livre de la Princesse préfacé par Dumas Fils. - Colette DUMAS. Lettre autographe signée à M. Daussos, 7 février 1907 demandant à racheter ces lettres. Et réponse de Daussos, négative. Il les avait reçues de l’héritière de la princesse « pour les préserver, le cas échéant de toute curiosité inutile » et ne se croit pas en droit de s’en séparer. - Quelques documents : correspondances de libraires, collectionneurs, préface manuscrite pour une édition des lettres qui n’a pas vu le jour, notes manuscrites sur Lectoure et sur Soubiran. Renseignements donnés à Jean Hournon par des correspondants… - Henri SALES. Étude préliminaire sur la princesse Ghika. Auch, Bouquet, 1968. Plaquette in-8, couverture agrafée. 24 pp.

Une question sur ce lot ?
Provenance, état, transport, modalités d'enchère : un spécialiste vous répond.