Une maîtresse inconnue de Dumas Fils
Alexandre Dumas Fils. 34 lettres autographes signées à sa maîtresse Anna Ribes ou la concernant. S.d. et 1855-1892. 90 pp. in-8 et in-12 environ. 12 enveloppes. – Anna à Alexandre, s.d. [1855]. « J’ai lu plusieurs fois votre lettre et je crois l’avoir bien comprise… Je suis entièrement satisfaite. Ce que j’ai fait il y a trois mois, je le ferais maintenant. Peut-il vous venir à la pensée que j’étais assez enfant pour ne pas avoir deviné ce que vous valiez, pour me décider à une action aussi sérieuse… Je vous aimais beaucoup, vous réalisiez tous mes désirs. Je ne me suis pas trompée. Et j’ai bien choisi d’après mon cœur et mes goûts… Votre esclave. Anna. » – 7 juillet 1855. « Je vous aime pourtant bien soyez en certaine et je n’entrevois pas que je puisse changer malgré vos craintes de l’avenir et mes habitudes d’autrefois. Si je ne suis pas plus expansif de mots avec vous, c’est que cette expansion n’est pas dans ma nature et que tout jeune j’ai eu à réprimer en moi ces mouvements spontanés du cœur qui sont de votre âge… – s.d. « la bonté de votre mère, sa faiblesse même vous a laissé prendre l’habitude de la traiter parfois d’une étrange façon que vous commencez à m’appliquer et que je ne supporterai sous aucun prétexte… » – Juillet 1857. « Liste des femmes que je connais à Luchon… Et vous – que j’aime. » – 6 août 1857. « Ma chère enfant. Je vous ai fait depuis que je vous connais tous les mensonges que se condamne à faire un homme qui vit dans un certain milieu à une femme qui s’inquiète perpétuellement de le voir dans ce milieu là. C’était en outre la pénible et fatale conséquence d’une situation fausse née d’un point de départ maladroit… » – s.d. « Croyez-moi donc, chère enfant, prenez-moi comme je suis, dites-vous que vous êtes condamnée à aimer un homme qui ne le mérite pas peut-être et qui vous aime d’un amour qui ne ressemble pas au vôtre… – s.d. « Vos papillons noirs, ma pauvre enfant, sont des colibris à côté des miens… je ne vous en parle jamais pour ne pas vous ennuyer et parce que cela ne sert de rien… Vous n’êtes pas heureuse, ni moi non plus. – s.d. « Je ne me sens pas mal, moi chez Made Sand. Un grand calme dont j’ai grand besoin. Je vais essayer de travailler à partir de demain. Je ne vous cache pas que je prolongerai ici mon séjour le plus long temps possible. – s.d., à la mère d’Anna (manque au bas du feuillet) . « L’observation que j’ai faite au sujet du loyer ne la regardait pas. Elle s’adressait à vous et non à elle. Il est donc inutile de lui en parler. » – s.d., à la mère d’Anna « Je veux être absolument libre et je veux qu’elle reste heureuse. Je veux enfin qu’elle comprenne qu’il y a en moi deux hommes, un frivole, capricieux, changeant, amoureux fou de la fantaisie, de l’inattendu, sur lequel elle n’aura ni elle ni une autre la moindre prise… L’autre est un homme honnête, profond admirateur de ce qui est beau, vrai et bon… » – s.d., à la mère d’Anna [Manque en haut des p. 5 et 6]. Celle-ci semble avoir joué les entremetteuses entre sa fille et Dumas qui met ici les points sur les i. « Vous me demandez, chère Madame, ce que j’ai à vous reprocher. Le voici : J’ai à vous reprocher de ne pas vous être adressé à ma loyauté et à ma délicatesse quand j’ai eu la sottise de m’occuper d’Anna. Votre devoir était alors de me dire ce qu’elle était, vous qui la connaissiez et de me demander de devenir son ami au lieu de me faciliter les moyens de devenir son amant… au bout d’un mois il m’était déjà démontré que son caractère ne s’accorderait jamais avec le mien… J’ai lutté quatre ans. Je me suis asservi à cette petite nature. J’ai fait contre ma nature à moi, des prodiges de patience… Elle doit partir, car tant que nous serons dans la même ville et dans le même pays, nous n’obtiendrons aucun résultat… Je vous jure que c’est avec un chagrin très profond que j’en arrive à ce dénouement… Quant à la question d’argent, vous pensez qu’elle a toujours été bien peu de chose pour moi – s.d. À la mère d’Anna. « Après avoir bien réfléchi, j’ai résolu de ne rien écrire à Anna. Cela ne mènerait à rien… » – Août 1859. « Je vous ai dit et je vous répète que vous êtes ce que j’aime et ce que j’estime le plus dans le monde. Dégagez de ce sentiment les préoccupations de l’amour vulgaire et de la jalousie… et vous aurez autant de bonheur à inspirer que j’en ai à le ressentir. » – 15 juillet 1861. « dans votre conscience quels sont mes devoirs vis-à-vis de vous, quels sont mes droits vis-à-vis de moi…. Croyez-vous que je puisse être encore votre amant. » – [Naples], s.d. « la vie est triste et l’homme est bête… Quant à mon père il n’est occupé que de son tempérament fougueux et de sa belle maîtresse blonde qui es tout bonnement semblable aux autres. » – s.d. « Je vois, je mange, je dors, le corps va mieux quelquefois, mais l’esprit s’agite toujours. » – s.d. Il est à Florence. « Et Demarquey qui m’a écrit pour que je me présente à l’Académie. Il n’en ratera pas une. » Joint : - 2 billets d’une petite fille « Simone » à Mme Ribes - Portrait photographique d’Alexandre Dumas Fils avec cette mention manuscrite « Ecce homo A.D. ».