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L'univers des Dumas, père & fils / Lot 112
Lot 112

Alexandre DUMAS Fils. 21 lettres autographes signées à George Sand. 1851-1875. 107 pp. in-12 ou in-8, quelques-unes à son chiffre ou à celui de sa femme Nadine « ND ».

Estimation
1 800 – 2 200 €
Descriptif

En 1851, au cours d’un voyage en Pologne, Alexandre Dumas Fils trouve les lettres de George Sand à Chopin et, à la demande de l’écrivaine que Dumas Père avait avertie, les rapporte en France afin de les lui rendre. Leur amitié débute véritablement à partir de 1853, le théâtre auxquels ils participent l’un et l’autre les rapprochant : ils assistent aux représentations de leurs pièces respectives, les commentent, échangent des lettres. Ils se voient peu dans les années 1850 mais leurs relations prennent une autre tournure quand, en 1861, Dumas Fils se rend à Nohant. Il est pour elle « mon cher fils », elle est pour lui « ma chère maman ». – 20 août 1851 : En répétitions il ne peut aller à Nohant, mais est heureux que son livre [Le Régent Mustel] lui ait plu. Son père « qui continue à être condamné aux travaux forcés demande son pardon de n’avoir pas été à Nohant... » – 28 octobre 1855 : Longue lettre en réponse à une lettre de Sand du 26 octobre dans laquelle elle l’interrogeait sur l’acteur Bache qu’il lui a recommandé et qu’elle ne connaît pas : « C’est un grotesque plein d’ingéniosité, de physionomie, d’inattendu. Sa construction physique rappelle Debureau… Sa figure ressemble assez à un clair de lune conservé dans un dictionnaire… La voix a les notes clairettes de Pierrot quand par hazard il parle des sentiments délicats de son âme et les roulements d’un tambour d’enterrement… » – [22 août 1861]. Réponse à une lettre de Sand du 18 juin : « Belle, bonne, grande et chère maman, moi aussi je vous aime de tout mon cœur et je vous regrette tout seul autant que vous me regrettez à vous deux [George Sand et Manceau]… Je reçois une lettre du père Dumas qui lui aussi se décourage ». Sand peut-elle lui écrire : « Peut-être saisira-t-il la perche que vous lui tendrez. Il est si fort et le premier mouvement est toujours si bon. » – 31 octobre 1861. Le Drac lui est dédié : « Lorsqu’une plume comme la vôtre inscrit un nom contemporain sur une de ses œuvres, il peut faire sa petite malle, il est sûr de passer les âges. Me voilà donc en chemin, et je tâcherai de ne pas faire rougir mon grand compagnon. Par le fait vous êtes une si bonne femme qu’on n’ose plus vous dire que vous êtes un grand homme… » – [15 décembre 1861] : Il reprend goût à la vie : « Je ne voudrais pas m’en aller sans avoir dit une foule de petites choses que je sais, qui ne serviront de rien aux autres, mais qu’il est intéressant d’avoir dites… Il m’a fallu me faire tout seul, et m’apprendre le bien, le vrai le juste… Aujourd’hui je comprends la vérité… » – [23 mai 1863] : Réponse à une lettre de Sand de la veille sur un projet de monter Le Marquis de Villemer à l’Odéon : « J’ai mis à sa [La Rounat] disposition, le cas échéant, le travail commencé, et même tout ce que je pourrais encore faire avec un collaborateur… Donc je vais faire copier le commencement pour que vous l’ayez bien au net, et je suis à vos ordres… » – [26 octobre 1863] : Toujours sur Villemer : « Il n’y a dans tout cela qu’une chose qui ne me va pas, c’est la question de nom et la question des droits. Le livre est de vous – la pièce est de vous… J’ai mis le tableau en perspective le mieux que j’ai pu, mais le tableau est de vous, de vous seule et vous devez seule le signer. Quant aux droits je n’en veux pas. » – [14 juillet 1864]. Sur Carrier-Belleuse : « Il demande à faire votre terre cuite, grandeur naturelle – qu’il vous offrira ] mais il en vendra la réduction. Il ira à Palaiseau – vous le regarderez deux ou trois fois et ce sera dit… » – [5 décembre 1865]. Sur l’adaptation théâtrale de la dernière Aldini. Il ne veut pas revoir le travail de La Rounat : « Ce procédé de recollage n’est pas le mien, j’y serais maladroit et d’ailleurs, je ne peux ni ne veux faire de collaboration. Mon tems, mes conseils, la protection auprès des directeurs, des observations en marge, une fois leur travail terminé, enfin tout ce qui reste dans le domaine littéraire, de grand cœur – dans le métier, non – et surtout – pas d’argent. » – [12 janvier 1866]. Longue lettre en réponse à une lettre de Sand des 9-10 janvier, toujours au sujet de La Dernière Aldini dont le sujet lui semble insuffisant au théâtre : « Vous ne pouvez rentrer au théâtre qu’avec un succès. » Un opéra-comique serait préférable : « vous pourrez retrouver là ce que vous perdez aujourd’hui, plus même, sous la musique de Merdi, comme vous l’appelez, mais l’argent ne pue pas. » – 26 mai 1866. « En voilà une qui commence à m’embêter L’Affaire Clémenceau et que je m’en vas bien vite retourner à mon petit théâtre oùsque l’on peut ne pas parler français si on veut. Je patauge encore dans la fin. Le coup de couteau ne va pas… Oui la vie n’est pas toujours gaie. Jusqu’à 20 ans, ça va. Après bonsoir… » – [5 juin 1866]. « Iza [personnage principal de L’Affaire Clémenceau) est enfin trépassée, expirant avec justice les abominations qu’elle avait faites. Jusques là son meurtrier qui a l’honneur d’être votre fils a travaillé comme un nègre dont il descend, dans la ligne paternelle. Ouf ! Je n’ai aucun remords, mais je suis éreinté… et je vous admire un peu plus de faire des chefs-d’œuvre et de les faire si vite… » – [22 janvier 1867]. Sur l’adaptation théâtrale de Mont-Revêche pour laquelle le temps lui manque : « Et puis ce sera encore du Dumas et du Dumas plus Dumas… C’est donc un scénario bien clair et bien net qu’il vous faudrait. Je suis incapable de le faire par écrit, n’ayant jamais pu en faire un… » – [Fin octobre 1868]. Sur la mort de sa mère qu’il a beaucoup pleurée : « Cela me soulage. Il est dit qu’une mère doit faire du bien à son fils jusqu’en mourir. » – 10 mars 1869 : « Je viens d’aller mettre en terre ce pauvre Lamartine… Né dans le nuage il a disparu dans la brume après avoir été soleil, foudre, étoile, lune et pluie. Il avait redouté toute sa vie d’avoir à discuter la fin et il est mort en dernier lieu sans savoir ce qu’il faisait. C’était une grande figure, la plus grande je crois parmi les hommes de notre tems, comme vous êtes, vous, la seule parmi les femmes de tous les tems, passés présents et futurs… » – [Janvier 1875]. Il a envoyé l’autographe à Juliette Adam : « C’est toujours bête, un autographe fait exprès, mais enfin la plus belle fille du monde ne peut donner… » Sur sa fille Jeannine : « le jour de ma réception [à l’Académie Française], elle a déclaré qu’elle n’y assisterait pas, si cela devait finir trop tard et l’empêcher d’aller à son cours… »

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