Eugène IONESCO. [Mes pièces et moi]. Sans date [vers 1955-19 - Lot 124

Lot 124
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Eugène IONESCO. [Mes pièces et moi]. Sans date [vers 1955-19 - Lot 124
Eugène IONESCO. [Mes pièces et moi]. Sans date [vers 1955-1956]. Manuscrit autographe signé de 5 pages in-4, au stylo à bille bleu sur papier ligné à marge rouge, montées sur onglets et reliées en demi- maroquin rouge à la Bradel avec coins, étui (Loutrel). Manuscrit autographe : texte de premier plan sur le théâtre de l'absurde et la genèse de l'écriture ionescienne. Il comporte une dizaine de corrections. Le titre initial, Note extraite d'une conférence lue à Lausanne par Eugène Ionesco, a été biffé à l'encre noire par une autre main et remplacé, dans la marge, par Le point de départ. Ce texte a paru dans Notes et contre-notes (Gallimard, 1962), sous le titre définitif de Mes pièces et moi. N'ayant pas l'intention de porter un jugement sur ses propres pièces, Ionesco souhaite simplement dire de quelle substance émotive elles sont faites, leur point de départ étant un état d'âme, une impulsion, et non une idéologie ou un programme quelconque. Il s'agit pour lui de retrouver l'universel au plus profond de lui-même, de ses angoisses et de ses rêves, citant Victimes du devoir, Amédée ou Comment s'en débarrasser, Les Chaises, Jacques ou la Soumission, Le Nouveau Locataire et bien sûr La Cantatrice chauve. Deux états de conscience fondamentaux sont à l'origine de toutes mes pièces : tantôt l'un, tantôt l'autre prédomine, tantôt ils s'entremêlent. Ces deux prises de conscience originelles sont celles de l'évanescence ou la lourdeur ; du vide et du trop de présence ; de la transparence irréelle du monde et de son opacité ; de la lumière et des ténèbres épaisses. Ionesco reconnaît être le plus souvent sous la domination de la pesanteur et d'un univers écrasant : C'est là, certainement, le point de départ de quelques-unes de mes pièces considérées plus dramatiques : 'Comment s'en débarrasser' ou 'Victimes du devoir'. À partir d'un tel état, les mots, évidemment, dénués de magie, sont remplacés par les accessoires, les objets : des champignons innombrables poussent dans l'appartement des personnages, Amédée et Madeleine ; un cadavre atteint de 'progression géométrique' y pousse également, déloge les locataires […] dans Les Chaises, des dizaines de chaises avec des invités invisibles, occupent tout le plateau ; dans Jacques plusieurs nez poussent sur le visage d'une jeune fille. Lorsque la parole est usée, c'est que l'esprit est usé. L'univers, encombré par la matière, est vide, alors, de présence […] Mais je n'abandonne pas tout à fait la partie dans ce grand malaise et si, comme je l'espère, je réussis dans l'angoisse et malgré l'angoisse à introduire l'humour, - symptôme heureux de l'autre présence, - l'humour est ma décharge, ma libération, mon salut. […] 'La Cantatrice chauve' est la seule de mes pièces considérée par la critique 'purement comique'. Là encore, pourtant, le comique me semble être l'expression de l'insolite. Mais l'insolite ne peut surgir, à mon avis, que du plus terne, du plus quelconque quotidien, de la prose de tous les jours, en le suivant jusqu'au-delà de ses limites. Sentir l'absurdité du quotidien et du langage, son invraisemblance, c'est déjà l'avoir dépassé ; - pour le dépasser, il faut d'abord s'y enfoncer. Le comique c'est de l'insolite pur ; rien ne me paraît plus surprenant que le banal ; le surréel est là à portée de nos mains, dans le bavardage de tous les jours.
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